« Cette tempête passera. Mais les choix que nous faisons maintenant pourraient changer nos vies pour les années à venir », écrit Yuval N. Harari. Ce dernier n’a pas tort. Les crises qu’affrontent les sociétés sont en effet des « moments privilégiés » pour des transformations légères ou profondes.

De manière générale, toute crise déstabilise les grands courants intellectuels et idéologiques. Les crises exposent ou font ressortir au grand jour les limites d’un modèle : ce qui ne semblait pas de l’ordre du possible le devient soudainement.

Face à la pandémie de la Covid-19 et aux restrictions imposées, un grand nombre d’individus se sont habitués à porter un masque pour leurs sorties, (d’ailleurs le port de masques est décrété obligatoire dans notre pays) pendant qu’une majorité de salariés se sont lancés dans le télétravail comme le cas des 5 députés Togolais du parlement de la CEDEAO cette semaine. La question est donc de savoir si cette crise pourrait être le point de bascule vers une « nouvelle normalité » pour les concitoyens.

Cette remise en cause des habitudes ne sera effective à long terme que si les nouveaux comportements sont soutenus par des déterminants internes (motivations intrinsèques, réactions affectives) et externes (contexte, motivations extrinsèques, normes, réglementations).

Des changements de valeurs aux changements d’habitudes ?

La crise ébranle les certitudes et questionne les valeurs, définies comme des croyances durables portant sur le fait qu’un mode spécifique de conduite ou un but particulier sont personnellement ou socialement préférables à tout autre. Les valeurs résultent d’un héritage culturel autant que d’expériences personnelles. Dans cette perspective, l’expérience personnelle de la crise est suffisamment marquante pour constituer un « moment décisif ».

Ainsi, les expériences personnelles des individus renouvelées sur plusieurs semaines pourraient entraîner des changements de comportements durables. Le nouveau contexte active progressivement l’habitude. Par la répétition, il installe durablement de nouveaux comportements.

Certains commerçants pour respecter les règles de distanciation sociale établissent un cordon de sécurité devant leur étalage. Cest le cas de la revendeuse de Kom dans mon quartier à Agbalepo groupe C.

Changements circonstanciels et reprises des habitudes pré-crise ?

En même temps, la plupart des changements de comportements adoptés ces dernières semaines ne résultent pas de décisions individuelles délibérées, mais d’un contexte pandémique, qui a créé du stress et de la peur chez les citoyens. Or l’organisme humain ne peut pas vivre dans une anxiété permanente. De cette façon, les émotions négatives concomitantes aux ruptures d’habitudes et à l’apparition de nouveaux comportements peuvent amener les citoyens à regretter leur vie d’avant la crise.

Cette crise révèle qu’il est possible d’adopter à grande échelle des comportements plus responsables sur les plans environnementaux et sociaux.

La crise a également contribué à réaffirmer le rôle prédominant du politique. La possibilité de régler des problématiques systémiques telles que la faim dans notre pays (NOVISSI du Gouvernement, ASSILASSIME et AMELEMIASSI du PDP et j’en passe). En effet, les diverses mesures sanitaires, jugées à tort ou à raison déraisonnables, voire totalitaires, ont eu le mérite de démontrer qu’un océan de possibles est à portée de main, pour peu que la volonté politique existe.

Ce constat en amène un autre plus nuancé. Si le Gouvernement et les acteurs politiques peuvent faire preuve d’autant de détermination face à une pandémie, il apparaîtra difficile de justifier leur inaction face à des problématiques bien plus sévères et aux conséquences plus néfastes dont la pollution, la surconsommation ou le chômage, entre autres.

Pour leur défense, mentionnons que de tels changements majeurs requièrent invariablement des mesures jugées totalitaires ou autoritaires.

Dans le cas de la Covid-19 : le couvre-feu a notamment été considéré. On pourrait également mentionner le recours à létat d’urgence.

La pandémie de la Covid-19 révèle la présence d’un double réflexe : l’affirmation pleine d’espoir qu’il y aura une après-pandémie qui sera totalement différente de l’avant. Et lautre, plus mesuré, moins émotionnel, représente cet après comme un retour amélioré à l’avant.

Cette amélioration, nous en voyons poindre les contours. La pandémie fournit une occasion inespérée de penser les modalités permettant une transition sociale juste.

Nous avons tous un rôle à jouer afin de faire entendre et comprendre qu’il n’y aura pas d’acceptabilité sociale pour un après Covid-19 décevant.

Que Dieu bénisse le Togo.

Hon. Innocent KAGBARA

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