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Le cofondateur du studio ghanéo-kényan Leti Arts croit au potentiel gigantesque mais encore inexploité d’un jeu vidéo continental. Après son retour de la Finlande au Ghana, Eyram a effectué de nombreuses recherches pour déterminer à quoi devrait ressembler le jeu sur le continent. Ses deux produits phares : Africa’s Legends et Reawakening.

Au Ghana, Leti Arts développe actuellement un jeu de super-héros inspiré des légendes et la culture de chaque pays africain. Les missions que doivent relever les joueurs dans leur quête font écho à l’actualité chaude du continent. Africa’s Legends Reawakening, qui devrait sortir d’ici à la fin de l’année, s’ancre dans une réalité qui correspond aux attentes de toute une génération. C’est du moins le pari que font les développeurs, qui ont dû s’adapter au manque d’infrastructures locales. Pour Eyram Tawia, ils sont aux débuts d’une industrie prometteuse.

Le Point Afrique : Le succès du film Black Panther sur le continent a confirmé l’intérêt du public à suivre les aventures de super-héros africains. Africa’s Legends Reawakening entend-il surfer sur la même vague ?

Eyram Tawia : Le succès de Black Panther ne fait que confirmer ce qu’on sait déjà. Il y a de très grandes ressources dans chaque pays, du Mali au Nigeria ou la Somalie, mais qui n’ont jamais vraiment été exploitées. Africa’s Legends Reawakening met en scène des héros inspirés de la mythologie et du folklore africain. Ça nous a demandé un grand travail de recherches historiques en amont pour que le design soit parfaitement cohérent. Par exemple, la cheffe des héros, Tolo, vient du peuple dogon du Mali. Elle est représentée avec le symbole kanaga, mais son masque a été modernisé… Vous avez le héros masaï, l’homme-araignée de l’ethnie ashanti du Ghana, mais aussi le couple de sapeurs du Congo… Le joueur va donc choisir l’un de ces héros, qui peut correspondre à son pays d’origine. Au fil des missions, il va rencontrer les autres personnages. Cette collaboration, que l’on veut sous le signe de l’unité africaine, va les mener dans une quête commune. Si vous jouez avec Ananse, vous commencez au Ghana. Puis, au chapitre 2, vous êtes envoyé au Nigeria, et ainsi de suite jusqu’à ce vous ayez rencontré toutes les « legends ». On veut en quelque sort s’inspirer du monde de Marvel avec les Avengers : les héros vont s’étoffer et s’associer.

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Tolo Sagala est un personnage central de l’histoire du peuple Dogon au Mali. Sur le plan scientifique les Dogon ont par exemple découvert l’étoile de Sirus B avant les Français en 1930. © DR

Dans ce jeu de rôle, chaque joueur, avec son avatar de héros, devra relever des missions ponctuelles. Pourquoi avoir choisi des défis réalistes ?

Les héros viennent d’un univers imaginaire, mais les méchants peuvent être un président corrompu, un rebelle, un braconnier, un leader religieux extrémiste… Autant de figures qui sont malheureusement communes sur le continent. Les héros doivent s’associer pour empêcher leurs ennemis de mettre en œuvre leur plan maléfique. En parallèle, vous avez en effet des missions. Vous pouvez être à la recherche d’une épée magique au Mali, puis, soudain, vous êtes appelé pour empêcher une explosion en Afrique du Sud. D’un point de vue purement ludique, cela permet de maintenir une dynamique dans le jeu. Pour imaginer ces missions, on s’inspire tout simplement de problématiques concrètes. On pourra par la suite les actualiser en temps réel en fonction de l’actualité. Pour lancer le jeu vidéo en Afrique, on ne peut pas juste faire du Candy Crush ou du Angry Birds. Notre but, c’est de faire de Reawakening, une sorte de journal ou de média éducatif en format jeu vidéo.

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Eyram Tawia, PDG et fondateur de Leti Arts. © DR

Vous défendez le potentiel du jeu vidéo en Afrique. Mais dans quelle mesure l’accès disparate aux technologies ou la qualité aléatoire des réseaux peuvent-ils être des freins au développement de cette industrie ? 

La culture du gaming est encore balbutiante en Afrique, bien sûr, mais nous voulons être les pionniers d’une industrie réellement nouvelle. Chaque produit que nous allons proposer doit servir à faire connaître le jeu vidéo. Nous avons déjà sorti un premier jeu, Africa’s Legends, qui servait de test pour visualiser quel type de jeu pouvait séduire. Mais on a réalisé que ce jeu ne pouvait pas être compétitif car nous avions trop voulu imiter les jeux existants, venus d’Occident. Il faut bien se rendre compte que nous devons relever des défis dans cet écosystème africain, au niveau des infrastructures. En Europe, aux États-Unis, ce sont des jeux au graphisme ultra-développé, avec des effets 3D, etc. Ça ne peut pas fonctionner ici ! En revanche, nous avons remarqué que les gens ici sont très actif sur Whatsapp ou Messenger.

Alors, comment créer un jeu de qualité, classé triple A, tout en s’adaptant aux plateformes avec lesquelles les gens interagissent déjà ?

Nous avons donc imaginé un design unique. Si vous jouez avec un téléphone mobile basique, le jeu apparaîtra via une interface textuelle. Si vous jouez sur Facebook Messenger, vous verrez les premiers graphiques. Si vous jouez sur PlayStation ou X Box, vous aurez la version 3D classique sur ces plateformes.

À long terme, estimez-vous pouvoir créer un nouveau marché ?

Bien sûr. Microsoft, Samsung, Google… toutes ces entreprises sont déjà implantées en Afrique. Les infrastructures se développent, les coûts d’accès aux technologies, à Internet, diminuent. Que se passera-t-il une fois que nous aurons des infrastructures décentes ? Jusqu’ici, l’Afrique ne contribuait pas du tout aux revenus développés par l’industrie du jeu vidéo : sur le continent, nous sommes près d’un milliard d’habitants. Imaginez si seulement 10 % de la population se mettait à jouer pour de bon aux jeux vidéo…

Il existe déjà sur le continent des jeux ancrés dans la culture locale, par exemple le RPG Aurion développé par Kiro’o Games au Cameroun. Qu’est-ce qui empêche de voir naître une véritable industrie vidéoludique ?

Le jeu vidéo est encore une niche en Afrique. Mais les professionnels ne communiquent pas entre eux. Vous avez des scénaristes, des graphistes, des dessinateurs, des développeurs de talent dans chaque pays. Mais rien ne permet de les faire dialoguer. Leti Arts, en association avec d’autres studios, a lancé, l’an dernier seulement, sa propre plateforme de publication, appelée Afrocomix, qui regroupe pour l’instant l’animation et la bande dessinée. Reawakening sera le tout premier jeu disponible sur Afrocomix. Si vous faites une recherche en ligne d’entreprises africaines de jeux vidéo, vous verrez que nous sommes fragmentés. Chacun fait son truc dans son coin. En tant que pionniers, nous avons voulu rassembler ces contenus sur une application unique qui deviendra le passage obligé pour qui cherchera un jeu de super-héros en Afrique. On parie que Afrocomix va vraiment changer la façon de consommer.

Afrique-news avec le Pointd’afrique

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